
Génération Monaco — Marc Mourou : « Notre volonté est de proposer un véritable renouveau du paysage politique »
Dans la soirée du 3 février 2025, à l’occasion d’une soirée publique, Marc Mourou a présenté son nouveau groupe politique : Génération Monaco. Notamment entouré de Aude Berlin, et des anciens conseillers nationaux Pierre Van Klaveren, Jean-Charles Emmerich et Pierre Bardy, Marc Mourou a expliqué à la tribune le pourquoi de sa non-candidature aux élections nationales de février 2023, et défendu sa volonté de contribuer à un renouvellement de l’offre politique en principauté.
Elu de 2018 à 2023, vous avez décidé de ne pas être candidat pour les élections nationale de février 2023 : pour quelles raisons ?
La mandature 2018-2023 a été riche et intense et elle a permis de faire avancer de nombreux projets pour Monaco. Nous avons pu participer à l’élaboration de nombreuses politiques publiques et remettre les aspirations des nationaux au cœur des préoccupations de notre pays. La configuration a cependant changé en fin de mandature, avec une coalition soudaine des trois formations politiques de l’assemblée, dans laquelle de nombreux élus ne se sont pas retrouvés, et où les conditions n’étaient pas réunies. Nous avons donc, pour certains, fait le choix de ne pas nous représenter, et de préparer le futur en réfléchissant à un projet totalement différent pour les monégasques.
Pourquoi avoir décidé de lancer un nouveau mouvement politique en principauté ?
Avec l’appui de fidèles et de solides soutiens, j’ai décidé de lancer Génération Monaco pour préparer dès à présent le projet que nous proposerons aux Monégasques. Le constat est en effet criant : à Monaco, les associations politiques se créent toujours 3 à 6 mois avant les échéances électorales, et sont alors obligées de s’allier à d’autres formations, ou de prendre le risque de ne pas avoir 24 candidats sur leur liste finale. Nous proposons une approche totalement différente en étant sur le terrain, et en rencontrant les nationaux pour prendre en compte leurs attentes et besoins légitimes. Nous serons donc à l’écoute de nos compatriotes sur les sujets qui les préoccupent, et construirons ensemble, bien en amont, un programme réaliste et réalisable, qui leur ressemble.
« La configuration a changé en fin de mandature, avec une coalition soudaine des trois formations politiques de l’assemblée, dans laquelle de nombreux élus ne se sont pas retrouvés »
Pourquoi l’avoir appelé « Génération Monaco » ?
Notre mouvement s’appelle Génération Monaco, car il est là pour et avec toutes les générations du pays. Il a vocation à dépasser tous les clivages en regroupant des monégasques de tous âges et venant de milieux différents, mais partageant le même socle de valeurs. Celles de la transparence et de l’intérêt général notamment, mais également de l’envie de transmettre le goût pour la chose publique et le bien commun aux nouvelles générations. Notre volonté est de proposer un véritable renouveau du paysage politique, avec des monégasques plus jeunes qu’à l’accoutumée, mais également des personnes plus âgées qui n’étaient pas investies jusque-là, et qui ont envie de donner du temps pour leur pays.
Comment situer ce mouvement politiquement ?
Si nous avons créé Génération Monaco dès maintenant, et trois ans avant les élections, c’est pour se donner le temps de concrètement réfléchir à où en est Monaco aujourd’hui, et au projet que l’on souhaite proposer pour le Monaco de demain. L’important n’est donc pas de multiplier les effets d’annonces, mais, au contraire, de prendre le temps de travailler avec nos compatriotes sur les questions importantes concernant l’avenir de notre pays. Nous sommes là pour rassembler nos idées avec sérieux et détermination. Bien sûr, de par mon engagement ces dernières années, certains connaissent mon ADN social fort, mon goût pour l’entreprenariat, l’attention toute particulière que je porte aux fonctionnaires d’état et de la commune, mais aussi mon action pour l’éducation et à la défense de l’égalité homme-femme. Ce sont des marqueurs forts qui définiront notre futur champ d’intervention, au service des monégasques.
Qui vous a rejoint pour créer Génération Monaco ?
De nombreux compatriotes ont déjà manifesté l’intérêt de rejoindre notre mouvement avant même le lancement officiel. Les différents témoignages, et la volonté d’agir de ces derniers, nous ont renforcé dans notre démarche et constitue une base solide pour démarrer notre travail. Notre comité directeur est composé de près de trente Monégasques où toutes les professions, milieux professionnel, associatif, culturel, et tranches d’âge y sont représentés. Nous avons beaucoup de sang neuf avec des nationaux surmotivés, en plus d’anciens élus ayant eu l’expérience de siéger dans l’hémicycle, et qui ont pu mener à bien des négociations budgétaires et législatives. C’est un subtil mélange des styles, qui est le fruit d’une longue réflexion après avoir pris le temps de rencontrer chacun d’entre eux. Nous avons également des Monégasques qui veulent uniquement participer à un travail de réflexion et donner leurs idées pour l’avenir de la principauté. Nous les accueillons bien évidemment à bras ouverts. Il faut leur donner l’opportunité de faire remonter leurs idées et leurs préoccupations dans le système politique pour que cela puisse aider à changer la face du pays. Un groupe, c’est aussi une combinaison de talents, où il faut savoir prendre le meilleur de chacun.
Quels sont les thèmes clés sur lesquels votre mouvement a commencé à réfléchir ?
Nous avons clairement comme objectif d’aborder tous les thèmes et problématiques de la société monégasque. Il y a cependant trois sujets qui sont aujourd’hui pressants. Tout d’abord, il y a celui de la santé, où il nous apparaît indispensable de privilégier l’accès aux soins pour les habitants de Monaco. La saturation actuelle de certains spécialistes notamment les pédiatres, les gynécologues, les ORL, ou les dermatologues, ne permet plus d’obtenir des rendez-vous dans des délais convenables, ce qui avait toujours fait la force de Monaco jusqu’à ces dernières années. De plus, de nombreux professionnels de santé n’ont plus la possibilité de passer du temps avec leur patientèle après avoir réalisé un examen médical. Il faut leur permettre de retrouver le côté humain et social de leur profession, avec un suivi immédiat et direct.
Quel est le second sujet pour lequel vous ressentez une urgence ?
L’attractivité, thème transversal et multidisciplinaire, est également un axe crucial pour Monaco et son futur développement. Il faut définir précisément nos atouts et il faut savoir choisir ses combats. Nous avons nos spécificités et nous ne pouvons aspirer à être Dubaï ou Singapour sur tous les sujets. Mais nous avons d’autres solides qualités qui nous permettent de nous différencier de ces places concurrentes et de proposer du « sur-mesure ». Il y a une réelle urgence à diversifier nos recettes, et à ne pas rester sur nos acquis, aussi importants soient-ils. L’avenir de la principauté réside dans sa capacité à pleinement comprendre les mécanismes d’incitation économique, et, bien sûr, les coupler à une saine gestion des finances publiques.
Quel est le troisième dossier à traiter en priorité, selon vous ?
L’éducation, afin de donner à nos jeunes l’opportunité de s’épanouir et de les former à construire l’avenir de notre pays. Nous sommes tous très fiers d’eux et de leurs brillants résultats au baccalauréat — avec chaque année un taux de réussite de 97 à 99 %, dont 80 % de mentions. Mais cet examen est aujourd’hui dévalué et de nouvelles problématiques se posent. Combien d’entre eux obtiennent réellement les écoles et universités qu’ils visaient ? Quels sont leurs parcours post-bac, et surtout, quels métiers seront nous en mesure de leur proposer une fois leur retour à Monaco ? Concernant la scolarité, et bien que le baccalauréat soit un diplôme français, Monaco reste un Etat souverain et peut proposer un rythme différent et plus équilibré pour nos enfants, en s’inspirant des modèles anglo-saxons et scandinaves où les journées sont raccourcies et sont suivies d’activités extra-scolaires proposées par l’école : sport, musique, arts, etc. C’est un point crucial pour les aider à développer leurs aptitudes et favoriser leur épanouissement personnel.
D’ici les élections de février 2028, Monaco espère être sorti de la liste grise du groupe d’action financière (Gafi), mais que faire pour éviter que cela ne se reproduise ?
L’objectif est clair : sortir de cette liste grise au plus vite, et surtout ne plus jamais y retourner. Une attention toute particulière doit donc être portée aux actions de terrain et aux situations concrètes que peuvent rencontrer les représentants du secteur privé. Monaco doit également s’assurer que les nouvelles dispositions juridiques puissent être mises en application immédiatement. Cela demande des moyens financiers et humains supplémentaires, indispensables pour devenir exemplaire en la matière.
« Notre volonté est de proposer un véritable renouveau du paysage politique, avec des monégasques plus jeunes qu’à l’accoutumée, mais également des personnes plus âgées qui n’étaient pas investies jusque-là »
Quelle est votre position par rapport à l’Union européenne (UE) ?
Dès 2018 et ma prise de fonction en tant qu’élu, j’ai défendu nos spécificités monégasques lors de nombreuses commissions entre le Conseil national et le gouvernement, ainsi que les particularismes qui font de Monaco un pays à part. Nous ne sommes ni Saint-Marin, ni Andorre. J’ai rappelé l’impossibilité de rapprocher les principes fondamentaux de l’UE, la libre circulation des biens, des capitaux, des services et des personnes, avec les lignes rouges que la principauté s’étaient fixées, notamment en termes d’accès à l’emploi, de logement ou bien encore concernant la priorité nationale. Les négociations entre le gouvernement et la Commission européenne ont été suspendues en septembre 2023, et c’est une très bonne chose. Certaines problématiques demeureront bien sûr, et il faudra trouver des alternatives au cas par cas. Mais pas avec un accord d’association global.
Alors que lors des élections de février 2023 le taux de participation a chuté à 57 %, comment parvenir à davantage intéresser les monégasques à la vie politique ?
En effet, l’élection de février 2023 a connu un taux d’abstention massif pour les échéances nationales, avec de nombreux compatriotes qui ne se sont peut être pas reconnus dans ce qui leur était proposé. Il y a évidemment des raisons à cela. Les Monégasques ont pourtant un fort attachement à leur pays et aux nouvelles problématiques qui se posent. C’est pourquoi Génération Monaco proposera des groupes de travail ouverts sur différents thèmes-clés, mais également des actions concrètes sur le terrain. Nous organiserons également des conférences sur des thèmes précis, avec des professionnels qui viendront répondre à toutes les questions de nos compatriotes.
Combien de temps vous donnez-vous pour parvenir à présenter une liste de 24 candidats, avec vous comme tête de liste, pour les prochaines élections de février 2028 ?
La création de notre mouvement se fait trois ans avant les élections, car nous voulons prendre le temps de travailler sérieusement sur tous les sujets abordés avec les Monégasques. Notre volonté n’est donc pas simplement de présenter une liste « à la va-vite », mais de réellement nous inscrire dans le temps, et de faire vivre la vie politique à Monaco. De nombreux compatriotes font déjà partie de ce projet, et d’autres nous sollicitent pour intégrer l’aventure. C’est donc très positif. Le moment de dévoiler une liste de 24 noms viendra en son temps, et en fonction de ce que chacun aura apporté et démontré pour représenter au mieux les Monégasques et les défendre avec passion et détermination.
Source : Monaco Hebdo – Raphaël BRUN
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